YVES BADY
PAR Maïa de ROCHEFORT

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Après dix ans d’absence, Il a suffi que le peintre Yves Bady se remette au travail pour que naisse un art spatial à profondeur variable, un art étrange venu d’ailleurs, tant par les matériaux utilisés que par la technique : pour ce qui est de la matière picturale, l’artiste en a le secret et l’exclusivité : elle est exclusivement fabriquée pour lui en Hollande. Fluide, enrichie de pigments colorés son fil s’écoule doucement sur la toile en couches successives pour créer le relief. Celui-ci se conjugue de près ou de loin avec chaque regard, pour que chacun accommode à sa manière les minuscules écoulements de matière où sont emprisonnés des bribes de paysage, laissant à l’imaginaire le soin d’en continuer les reliefs. La profondeur qui en émane provient des couches chromatiques délicatement superposées jusqu’au noir où commence toute chose et dans lequel s’abîme le fond. Ce mystérieux mélange ne s’applique pas au pinceau mais avec des instruments que le peintre fabrique lui-même. Le tout représente la part d’alchimie qui transmute l’Art contemporain en un domaine d’expériences nouvelles. L’artiste n’en est pas à la première, puisqu’il jouit d’une grande notoriété aux U. S. A. où il a vécu plusieurs années.

Yves Bady est né en Guadeloupe d’une famille de commerçants. Libanais de souche, issu du mélange des cultures qui en fait la richesse, son jeune talent est découvert, voici un quart de siècle, par Charles Aznavour qui lui achète sa première toile. Pour cet ami et pour une cause qui lui tient à coeur, il peint la toile intitulée « Erevan » au profit du séisme qui a meurtri l’Arménie. Son style pictural alors figuratif, symboliste et surréaliste, ouvre une porte sur la troisième dimension. En visionnaire éclairé, le peintre choisit des sujets qui mènent à la voie du ciel. Sur les traces de Gustave Doré qu’il admire et qui fut le premier illustrateur des contes de Perrault, il entreprend à son tour l’illustration des contes et peuple de personnages oniriques les espaces immenses où s’exprime son indomptable imaginaire. Les signes du Zodiaque sont un autre sujet que l’artiste interprète, et deviennent le théâtre des correspondances poétiques entre ciel et terre. Admirateur inconditionnel d’ayrton Senna, quelques jours après la mort du pilote, Yves Bady fait revivre le champion dans une toile visionnaire. Une carrière exceptionnellement médiatisée propulse ce surdoué au devant de la scène, ses oeuvres sont acquises par les musées, sa notoriété est internationale. Puis, coup de théâtre ! Comme pour affirmer son indépendance, le peintre disparaît pour s’adonner à l’écriture, autre grande passion de jeunesse. Il produira deux romans dont un premier best seller intitulé : « La conspiration des Cenci » et trois scenarii. Le deuxième ouvrage étant maintenant achevé, l’artiste a choisi les galeries Artitude pour réapparaître sous le regard bienveillant de Maître Cornette de Saint Cyr qui présidait au vernissage du jeudi 16 septembre. L’Art innovant exposé ce soir là est apparu libéré de tout symbole, ne parlant plus que d’espace. Toute trace d’humanité y est effacée, laissant place au paysage infini qui se prolonge ailleurs, bien au-delà du cadre invisible, dans des lieux aux violences chromatiques dominés par les rouges puissants. L’or jaillit parfois en ligne droite des bleus subtils de certains Paysages pour nous conduire beaucoup plus haut, vers d’autres espaces interstellaires … un univers de silence à découvrir.

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